Mal élu, mal aimé !

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Politique Mal élu, mal aimé !

Lorsque l’état de santé du président gabonais Ali Bongo Odimba a fuité dans la presse dès le mercredi 24 octobre, les réseaux sociaux se sont affolés, et la rumeur de son décès s’est répandue comme une traînée de poudre de Libreville à Makokou, en passant par Lambaréné, et de Port Gentil à Franceville dans le Haut-Ogooué chez les Batéké, le clan ethnique présidentiel. Même à Paris, la diaspora gabonaise s’est passée le message qui a aussitôt fait le tour de la France.

Dans plusieurs régions du pays, où les électeurs ont encore le sentiment que leur choix n’a pas été respecté et que la victoire leur été volée lors de la présidentielle d'août 2016, la population a laissé éclater sa joie comme pour se venger.

Motus, en revanche, dans l’entourage proche du clan Bongo, où l’on redoute très certainement que l’inévitable ne se produise. Les messages de compassion, eux, se font rares.

Pour mettre un terme au spectre de « vacance du pouvoir » qui plane sur le pays, comme le Gabon en a connu le 9 juin 2009 suite au décès d’Omar Bongo à Barcelone, en Espagne, le porte-parole de la présidence de la République a lu un communiqué officiel bien cadré diffusé sur la chaîne nationale.

Ce communiqué informe les Gabonaises et les Gabonais que « Son Excellence Monsieur le Président de la République Ali Bongo Odimba a eu un malaise le mercredi 24 octobre 2018 lors de son séjour à Riyad, en Arabie Saoudite, où il prenait part au Davos du désert aux côtés de plusieurs hauts responsables de pays et de dirigeants du Moyen Orient et d’Afrique. Immédiatement, le Président de la République a été admis à l’hôpital du Roi Fayçal pour y subir des examens médicaux. Les médecins qui l’ont consulté ont alors diagnostiqué une fatigue sévère dûe à une très forte activité ces derniers mois aussi bien sur le front diplomatique que sur le chantier des réformes intérieures. Suite à ce diagnostic, ses médecins ont prescrit à S.E.M. le Président de la République un repos médical. S.E.M. le Président de la République va mieux et se repose en ce moment même à l’hôpital du Roi Fayçal à Riyad, entouré de sa famille et de certains de ses collaborateurs. La présidence de la République appelle les Gabonaises et les Gabonais à redoubler de vigilance face à la propagation des fake news et autres fausses nouvelles qui abondent sur les réseaux sociaux et certains sites internet que l’on peine à qualifier d’information. Ceci, nous pouvons l’assurer ne relève que de contre-vérités ou pour le dire plus directement de mensonges. La présidence de la République, seule source d’information fiable , communiquera régulièrement sur l’état de santé de S.E.M. le Président de la République. »

Après lecture de ce communiqué laconique, la rumeur fuse toujours. Les Saint-Thomas voudraient avoir une preuve de vie du président Ali Bongo pour y croire.

Dans le camp de ses adversaires, l’information est prise très au sérieux. Selon une source proche de l’opposition, une réunion de crise se serait tenue dans le camp de Jean Ping, où le contentieux électoral est encore présent dans les esprits pour analyser la situation et pourquoi pas l’après-Bongo. D'autant plus que cette même opposition a été laminée comme cela était prévu aux législatives - complètement verrouillées par le Parti au pouvoir - qui viennent de se dérouler sur deux tours au Gabon les 6 et 20 octobre derniers

Pendant ce temps sur les réseaux sociaux, les internautes continuent de s'en donner à cœur joie. L’image d’Ali Bongo est tournée en dérision pour se moquer du malheur qui frappe pourtant le pays.

Pour couper court, le Palais du Bord de mer a promis de communiquer régulièrement sur l’état de santé d’Ali Bongo et ne tardera certainement pas à diffuser une vidéo montrant un Président en pleine forme et apte pour la tâche. Histoire de faire croire que tout va bien...