Christian Trimua (ministre togolais) : "La sécurité est pour nous une priorité nationale !"

Christian Trimua (ministre togolais) :

Christian Trimua, ministre togolais des Droits de l'Homme et des Relations avec les Institutions (Photo : @Frédéric Reglain)


A la veille de l’élection présidentielle, à laquelle le président Faure Gnassingbé est candidat à sa réélection le 22 février prochain, Christian Trimua, ministre togolais des Droits de l'Homme et des Relations avec les Institutions, était samedi à Paris l’invité du Club Afrique de la Presse parisienne (CAPP). Il défend le bilan économique et sécuritaire du Togo. Interview.

Propos recueillis par Bruno FANUCCHI

Même si vous dressez un bilan économique plutôt flatteur, le niveau de pauvreté reste très élevé au Togo. Comment l’expliquez-vous ?

Christian Trimua :

Sur l'inclusion économique de la population, le président de la République a fait un effort car nous avions un taux de vulnérabilité important issu des crises successives que nous avons connues. Mais nous avons fait de nombreuses réformes de fond pour relancer l’économie et celles-ci commencent à donner des résultats. Nous avons réduit par exemple de 15 points le niveau de pauvreté qui était de 67 % et nous sommes tombés à 52 %. Mais notre objectif est de tomber sous la barre des 40 % d'ici la fin de l'année prochaine. Et, en fin de mandat, de pouvoir faire un effort supplémentaire de réduction de la pauvreté dans le pays.

Le chef de l’Etat a également mis en place un Fonds national de la finance inclusive qui permet de financer l'auto-emploi. Nous avions commencé par des montants modestes, mais aujourd'hui nous sommes jusqu'à 5 millions de Francs CFA. C'est un mécanisme qui emprunte à la micro-finance : il y avait, fin 2019, un million de femmes et de jeunes qui ont pu bénéficier de ce système. Nous avons également créé une Délégation au secteur informel : quelque 15.900 acteurs du secteur informel sont aujourd'hui en transition vers le secteur formel avec une couverture sociale, notamment pour les artisans qui sont plus de 100.000 au Togo. Le Président a réservé 25 % des marchés publics aux jeunes et aux femmes, mais avec un accompagnement financier et des garanties bancaires pour pouvoir financer leurs projets. De façon à donner un levier économique à la jeunesse et créer une nouvelle génération de jeunes économiquement prospères.

Vous affirmez qu’en 2019 le Togo a été le premier récipiendaire des investissements étrangers en Afrique de l'Ouest. Comment avez-vous réussi à attirer ces investisseurs ?

Nous avons réussi cette performance en redonnant d'abord la confiance aux investisseurs et en faisant un certain nombre de réformes économiques importantes de 2007 à aujourd'hui : sur la gestion du budget, le contrôle des finances publiques, la passation des marchés et naturellement sur la corruption, où tous les indicateurs sont désormais au vert. Le Togo a choisi de ne pas partir sur des opérations chocs, mais sur une méthode pédagogique durable qui inculque une nouvelle culture de la gestion de la chose publique. C'est grâce à cette confiance que ces partenaires ont pu revenir et réinvestir au Togo qui est aujourd'hui une place financière importante en Afrique de l'Ouest.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) se met en place à partir du 1er juillet prochain. Qu'en attendez-vous  ?

Le Togo prendra sa part dans la ZLECA, notamment en transformant Lomé en un Centre d'affaires sous-régional de premier ordre. Avec son port, ses infrastructures et tous les investissements qui y ont été faits, le Togo espère pouvoir tirer le plus grand bénéfice de la ZLECA.

Dans le cadre du Plan National de Développement (PND), notre objectif stratégique est de transformer Lomé en un « hub » logistique et économique au profit de la CEDEAO et de toute l'Afrique de l'Ouest.

"Pour la première fois, le Togo

va expérimenter le vote de la diaspora"

Que faites-vous pour la diaspora togolaise plutôt acquise à l’opposition ?

La diaspora togolaise a été traditionnellement présentée comme acquise à l’opposition, mais en réalité – aujourd’hui – elle est mixte et c’est la première fois qu’on va véritablement l’évaluer. La diaspora est une préoccupation importante du chef de l’Etat parce qu'elle contribue énormément à la vie économique togolaise par les contributions, les transferts d'argent et un certain nombre d'investissements qui sont faits au pays.

Pour cette présidentielle du 22 février, le Togo va expérimenter pour la première fois le vote de la diaspora. Nous avons fait le choix qualitatif d'organiser le vote des Togolais de l'extérieur, c'est une première expérience même si, naturellement, elle n'est pas parfaite. Mais nous avons ouvert la voie et nous espérons qu'avec les autres élections à venir nous irons vers la perfection du système en prenant pour modèle les autres pays qui le font déjà. Le président de la République a désigné un conseiller chargé de la diaspora qui fait le lien avec elle.

La deuxième nécessité, c'est d'organiser la diaspora togolaise pour qu’elle participe à la gouvernance du pays. Pour la première fois, un Haut Conseil des Togolais de l'extérieur vient d’être  mis en place. Ce qui nous permet d'avoir des interlocuteurs représentatifs de la diaspora togolaise pouvant porter vers le gouvernement ses aspirations.

Le troisième point, c'est la prise en compte du poids économique de la diaspora togolaise. Nous mettons en place à partir du mois d'avril le Conseil économique et social du Togo et le président de la République a souhaité que la diaspora y soit représentée. Enfin, nous allons faciliter tous les mouvements de la diaspora et notamment de tous les binationaux qui seront dispensés de visa à partir du moment où ils peuvent faire la preuve qu'ils sont bien Togolais.

Ne craignez-vous pas d'avoir un problème sécuritaire comme plusieurs de vos voisins, notamment le Burkina Faso ?

Le risque sécuritaire est permanent dans toute la sous-région. Le Togo n'échappe pas à ce risque, mais jusqu'à présent les dispositions sécuritaires prises par le président de la République ont préservé le Togo d'une attaque terroriste sur son territoire. Nous restons cependant extrêmement vigilants. Le président de la République a ainsi annoncé en avril dernier à la Nation qu'un certain nombre de cellules terroristes dormantes avaient été démantelées, même si aucune n'était passée à l'action sur le territoire national. Le Togo a fait un effort fondamental sur la sécurité et, dès 2014, nous avons procédé à la refondation des Forces de Défense et de Sécurité en créant notamment des bataillons d’intervention rapide. Comme presque tous nos voisins (le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria) ont été frappé par le terrorisme, la sécurité est pour nous une priorité nationale ! C’est un point fondamental sur lequel nous ne transigerons pas.

Le port en eau profonde de Lomé a d’ailleurs la réputation d’être le plus sûr de l’Afrique de l’Ouest…

Nous avons organisé en octobre 2016 un Sommet de l’Union Africaine sur la Sécurité maritime et nous n’avons subi aucune attaque par mer depuis cette date, à l’exception de deux tentatives repoussées en mars dernier alors que le Nigeria voisin a fait l’objet de 22 attaques depuis le début de l’année. Pour notre sécurité maritime, nous avons deux avantages : 1/ Nous avons un petit littoral et donc peu de côtes à défendre ; 2/ Nous organisons des patrouilles permanentes dans les 12.000 km2 des eaux territoriales togolaises qui, tous les soirs à partir de 16 h, constituent comme un « dortoir » pour tous les bateaux qui croisent dans le Golfe de Guinée et viennent y mouiller pour passer la nuit en toute sécurité au large de Lomé. C’est un indicateur de sécurité qui ne trompe pas.

Bruno Fanucchi

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