Bangui Financial Days : La Centrafrique vise à devenir un hub financier
M. Hugues Alain Tcheumeni, Secrétaire général de l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit de Centrafrique (APECCA)
Le forum « Bangui Financial Days » qui ouvre ses portes ce mercredi 12 novembre cherche à mobiliser les acteurs publics et privés pour transformer un système financier où seulement 7 % de la population a accès aux services bancaires.
Alors que la République centrafricaine (RCA) poursuit sa reconstruction, les autorités et le secteur privé entendent catalyser la transformation économique en s'attaquant au défi de l'inclusion financière. Lors d'un entretien accordé à la presse locale, M. Hugues Alain Tcheumeni, Secrétaire général de l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit de Centrafrique (APECCA), acteur majeur du secteur, détaille les ambitions du premier forum « Bangui Financial Days » et sa feuille de route pour bâtir un système financier durable et attractif.
Dans un pays où 93 % de la population dépend encore de mécanismes financiers informels, la tenue du premier forum « Bangui Financial Days » les 12 et 13 novembre 2025 représente bien plus qu'une simple conférence. Il s'agit d'une pierre angulaire dans la stratégie des autorités centrafricaines pour rebâtir une économie résiliente et inclusive.
« L’objectif est de fédérer tous les acteurs publics et privés pour catalyser l’innovation, l’épargne et l’investissement, et ainsi contribuer à construire un système économique durable », affirme le Secrétaire général de l'APECCA, qui co-organise l'événement. L'ambition affichée est de taille : « positionner la Centrafrique comme un hub financier incontournable en Afrique centrale ».
Une feuille de route pour l'inclusion financière
Le cœur de cette stratégie repose sur une digitalisation accélérée des services financiers. Le forum vise à être une « plateforme de convergence » pour les décideurs, régulateurs et investisseurs, avec un objectif central : « démocratiser l’accès à l’épargne, au crédit, à l’assurance et aux paiements ».
Cette initiative s'inscrit en droite ligne du Plan National de Développement 2024-2028. Elle cherche à générer un « impact tangible et systémique » pour les citoyens, dans un pays où le secteur bancaire est encore en « phase de consolidation » et où les PME peinent à obtenir des financements dans des délais raisonnables.
Attirer les investisseurs et structurer les filières
Au-delà de la transformation du secteur financier local, le forum a une vocation régionale. En réunissant des acteurs clés de la zone CEMAC – dont la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) et la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC) – ainsi que des investisseurs internationaux (Banque mondiale, FMI, IFC), l'événement entend « renforcer la confiance des investisseurs internationaux ».
« Cette convergence des pouvoirs décisionnels et des capitaux garantit que les recommandations [...] seront immédiatement endossées et pourront être financées », souligne le Secrétaire général. L'un des objectifs concrets est le « financement de nos filières à fort impact, telles que l'agriculture, l'artisanat et le commerce ».
De la parole aux actes : une feuille de route à venir
La crédibilité d'un tel forum se mesurera à l'aune des actions qui en découleront. L'APECCA l'assure : l'objectif est de ne pas en rester aux discours. Un suivi « rigoureux » sera mis en place pour formaliser les recommandations en une feuille de route opérationnelle.
Celle-ci se traduira par des « actions concrètes : accélération des solutions digitales, développement de produits financiers inclusifs adaptés aux besoins des zones rurales et renforcement des Partenariats Public-Privé (PPP) ». L'association veillera à ce que ces engagements « transforment durablement le système financier centrafricain » et facilitent l'insertion du pays dans la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf).
Alors que la Centrafrique tente de tourner la page des années de crise, le succès des « Bangui Financial Days » ne se jugera pas seulement par la qualité des débats, mais par sa capacité à faire entrer des millions de Centrafricains dans l'économie formelle et à attirer les capitaux nécessaires à son décollage économique.
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