Marc Ravalomanana, ancien président malgache : « Madagascar s’achemine de jour en jour vers un Etat de non-droit avec un régime dictatorial »

Marc Ravalomanana, ancien président malgache : « Madagascar s’achemine de jour en jour vers un Etat de non-droit avec un régime dictatorial »

L'ancien président malgache Marc Ravalomanana (2001-2009) 


A deux années de l’élection présidentielle, l’ex-président malgache (2001-2009) Marc Ravalomanana se construit une stature de rassembleur et de pacificateur à la tête de la coalition des partis de l’opposition les plus significatifs de la Grande Ile. Dans cet entretien réalisé dans des conditions de télétravail, l’opposant numéro un ne marche pas ses mots lorsqu’il fait ses récriminations contre le régime d’Andry Rajoelina, son farouche adversaire depuis des lustres.

Entretien réalisé par Annick N'Guessan

Depuis août 2019 vous présidez l’alliance politique RMDN (Rodoben’ny Mpanohitra hoan’ny Demokrasia eto Madagasikara) regroupant une vingtaine de partis de l’opposition malgache. Comment se porte votre plateforme présentée d’ailleurs comme la bête noire du pouvoir ?

Comme vous venez de le dire, le RMDM regroupe de nombreux partis de l’opposition. Au-delà de leurs idéologies respectives, tous les partis d’opposition sont conscients de la situation qui prévaut à Madagascar. Au vu des évènements récents, nous constatons que Madagascar s’achemine de jour en jour vers un Etat de non-droit avec un régime dictatorial. Face à un tel régime, l’opposition tient à renforcer la solidarité entre ses membres afin de parler d’une seule voix pour dénoncer les abus et dérives des tenants du pouvoir.

L’opposition dénonce l’usage de l’état d’urgence et de l’appareil judiciaire comme des instruments politiques pour étouffer toute contestation et critiques ?

Il est évident que diverses manœuvres ont été utilisées pour tenter de museler l’opposition. Par exemple, les autorités ont invoqué le trouble à l’ordre public et la diffusion d’informations soi-disant non-fondées pour justifier des mesures arbitraires telles que la suspension de la MBS, Malagasy Broadcasting System, des chaînes câblées (Canal + et StarTimes). Par ailleurs, afin de promouvoir la démocratie et l’état de droit, le principe de séparation des pouvoirs devrait être toujours respecté et le pouvoir judiciaire ne devrait pas être instrumentalisé à des fins politiques.

Le RMDM se considère-t-il comme un contre-pouvoir ou une simple initiative politique anti-Andry Rajoelina ?

Considérer l’opposition comme une simple initiative contre un individu est une aberration. Il faut toujours garder à l’esprit l’utilité de l’opposition dans une démocratie. Dans les pays démocratiques, l’opposition a des fonctions bien définies. D’abord, l’opposition constitue un contre-pouvoir : elle a la responsabilité de veiller à ce que les tenants du pouvoir n’aient pas la tentation de mener une politique portant atteinte aux libertés et droits fondamentaux, garantis par la Constitution et les Droits de l’Homme.

Par ailleurs, l’opposition incarne aussi la possibilité d’une alternance politique. Pour les électeurs, il n’y a de choix véritable que si les citoyens peuvent librement se prononcer entre plusieurs possibilités. L’opposition, en proposant une nouvelle vision et un projet de société avec des priorités répondant aux besoins et aspirations de la population, permet aux citoyens mécontents de disposer d’un recours par la voie des urnes.

A quelle occasion êtes-vous intervenu dernièrement à l’Assemblée nationale ?

Intervenir à l’Assemblée nationale n’est pas mon rôle. C’est le rôle des parlementaires.  A cet égard, à Madagascar, les parlementaires disposent de différents moyens. Par exemple, lors du face à face entre le Gouvernement et l’Assemblée Nationale, les parlementaires peuvent poser des questions aux membres du gouvernement et manifester leur désaccord envers la politique suivie par le gouvernement.

La plateforme RMDM a de ce fait dénoncé l’instrumentalisation politique du combat mené contre le Covid-19

Votre alliance a pointé du doigt des disfonctionnements en matière de lutte contre la propagation du COVID-19 sur l’île. Les mesures prises par le gouvernement vous semblent-elle inefficaces ?

Face au contexte actuel, il nous est impossible de ne pas interpeller et alerter les responsables étatiques à Madagascar. La plateforme RMDM a de ce fait dénoncé l’instrumentalisation politique du combat mené contre le Covid-19 et reproche aux autorités la mauvaise gestion de la crise sanitaire actuelle. Nous avons mis en cause la stratégie adoptée par le gouvernement dans cette crise et avons toujours réclamé la transparence dans la gestion des financements obtenus dans le cadre de cette épidémie. Par ailleurs, une commission d’enquête parlementaire sur la gestion du Covid 19 a été mise en place au sein de la Chambre Haute. La Commission a mené des investigations sur la gestion de la pandémie. Nous vous invitons à consulter ce document qui a mis en exergue les anomalies et les incohérences après une enquête approfondie sur la gestion du Covid 19 à Madagascar.

Quels sont les autres griefs portés contre le pouvoir ?

Le pouvoir devrait revoir ses priorités afin de répondre aux besoins et aspirations de la population au lieu de s’acharner contre les politiciens et journalistes qui expriment leurs opinions.

Comment envisagez-vous votre avenir politique à la tête du RMDN dans la perspective de l’élection présidentielle de 2023 ?

Tout d’abord, il est important de souligner que le RMDM est une plateforme politique de l’opposition qui regroupe plusieurs partis politiques, dont le Tiako i Madagascar (TIM). A l’origine, cette alliance politique est née d’un rapprochement entre une vingtaine de chefs de partis, animés par le patriotisme, et qui ont une vision différente de celles des dirigeants du régime actuel sur la voie choisie pour le pays, surtout en matière de développement économique et social, ainsi que l’instauration d’une vraie démocratie et de l’Etat de droit.

Par ailleurs, chronologiquement, d’abord le Vice-président de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) a déclaré le 28 février 2020 l’existence de 1.162. 512 doublons dans les listes électorales. Plus tard, la Commission d’Enquête Parlementaire sur les listes électorales effectuées par les sénateurs ont également révélé que les élections étaient truquées et frauduleuses. Ainsi, à l’heure actuelle, comment voulez-vous qu’on parle d’élection présidentielle de 2023 ? Il est encore trop tôt pour en parler. Wait and see !

Outre la politique, vous êtes un homme d’affaires prospère. Ces derniers temps vous dénonciez un acharnement des services fiscaux contre vos sociétés avec la fermeture d’une dizaine de vos magasins alimentaires et des résiliations anticipées de contrats de bail. Est-ce une manœuvre du pouvoir pour vous asphyxier financièrement ?

No Comment !

Annick N'Guessan

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