Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire : Soumahoro est-il l’homme de la situation ?

Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire : Soumahoro est-il l’homme de la situation ?

Amadou Soumahoro, nouvellement élu à la tête de l'hémicycle ivoirien en remplacement de Guillaume Soro forcé à la démission par le président ivoirien Alassane Ouattara


Moins d'un mois après la démission de Guillaume Soro, l’Assemblée Nationale ivoirienne a un nouveau président en la personne d’Amadou Soumahoro. Ce dernier réussira-t-il à « effacer les traces » de son prédécesseur comme ont laissé entendre les « faucons » du régime ? 

De notre correspondant à Abidjan, Eugène Yobouet

Dans le camp du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), la coalition au pouvoir, le casting pour débusquer le successeur de Guillaume Soro n’a pas été un véritable casse-tête. Avant même que le dernier ne rende « le tabouret », la rumeur du choix d’Amadou Soumahoro, député de Séguela, bruissait dans tout Abidjan même si les noms de l'actuel Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, ou de Diawara Mamadou, président intérimaire après le départ de Guillaume Soro, avaient été évoqués.

Selon le premier cercle du président Ouattara, Amadou Soumahoro est le bon cheval dans le contexte actuel de la recomposition du paysage politique avec une opposition qui comprend désormais de sérieux alliés d’hier comme l'ancien Président Henri Konan Bédié Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et Guillaume Soro dont la formation politique est en gestation très avancée.

Le député de Séguéla est en effet membre fondateur du Rassemblement des Républicains (RDR). Son long intérim au secrétariat général dudit parti lui a permis d’acquérir une grande expérience dans la gestion des hommes et de l'appareil. Des arguments qui ont sérieusement pesé en sa faveur. Ce choix a cependant suscité des grincements de dents au sein même du RHDP. Car l’homme semble être loin de faire l’unanimité au sein de sa propre famille politique.

Beaucoup lui reprochent sa mauvaise gestion, tant sur le plan humain que financier, lors de son intérim. Beaucoup étaient donc prêts à lui faire la peau dans l’isoloir lors du vote. « Les gens savaient ce que certains députés réservaient à Amadou Soumahoro. Et c’est pour éviter cette grosse humiliation qu’ils ont changé le mode du scrutin au dernier moment. Ils l’ont fait pour mieux faire pression sur les députés afin de voter Soumahoro », explique un député RHDP qui, bien que présent dans la salle, s’est abstenu de voter. En effet, lors d’une réunion du bureau de l’Assemblée nationale le 26 février 2019, le mode opératoire initialement arrêté était le vote à bulletin unique.

32 élus du RHDP n'ont pas voté pour lui !

Contre toute attente, à 48 heures de l'élection du nouveau président de l’Assemblée nationale, les députés ont été saisis par courrier du changement des règles du vote. Le bulletin unique fut alors abandonné au profit du bulletin multiple. Un changement impromptu qui a offusqué les élus de l’opposition, qui en réaction ont boycotté le scrutin.

Mais qu’à cela ne tienne. En dépit des consignes très fermes données par l’exécutif (sic !) , Amadou Soumahoro n’a visiblement pas fait l’unanimité au sein même de sa famille politique. Sur les 253 députés que compte l’hémicycle, 164 sont en effet d’obédience RHDP, mais - au décompte des voix - Amadou Soumahoro n'a finalement récolté que 153 voix, dont celles du ralliement de 21 députés obtenu à la veille du scrutin. Un petit calcul arithmétique montre que 32 élus RHDP théoriquement acquis au pouvoir ne lui ont pas accordé leurs voix. C'est un nombre significatif qui vaut son pesant d’or pour constituer éventuellement un groupe parlementaire.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le nouveau président de l’Assemblée nationale a désormais du pain sur la planche. Sa première mission sera en effet de tenter de rassembler et de mettre en ordre de bataille les élus RHDP pour les futures joutes électorales qui s’annoncent en 2020. L’autre mission, celle à laquelle tout le monde l’attend au pied du mur, c’est d’essayer d'« effacer » les traces d’un certain Guillaume Kigbafori Soro qui, en démissionnant le 8 février dernier, a retrouvé toute sa liberté de parole puis a aussitôt créé un Comité politique pour entrer sans plus attendre en campagne. Un pari qui est donc loin d’être gagné.

Eugène Yobouet

COMMENTAIRES